Date de création: 27/06/2007 Il est difficile d'écrire ou de parler de Grégory Lemarchal. De l'ami Greg. J'étais très proche de lui. J'allais à sa maison. Il me préparait toujours mon repas ! Un bon steak, comme il me disait. « Eh, Batman, viens prendre des forces ! » Un vrai champion hors catégorie, ce Grégory ! Toujours soucieux des autres. Une voix d'or qui chantait la vie et qui nous avait dit avec son sourire angélique lors de sa dernière venue en Belgique : « Je ne chante pas pour faire pleurer dans les chaumières. Ce n'est pas mon genre. C'est ma façon à moi de vous dire que tout est possible. Vous savez, depuis le début de mon existence, je me bats contre cette maladie. Ce n'est pas pour perdre le combat. Bien au contraire. Je gagnerai cette bataille. Tôt ou tard... » La preuve, après quatre mois de travail acharné, Grégory remportait la Star Academy 4 comme une belle revanche sur une fatalité qu'il voulait conjurer. Et avec cette victoire, le Petit Prince nous prouvait qu'un rêve n'était jamais inaccessible.
Depuis le 30 avril, cette étoile filante brille auprès d'autres amis, là-haut. D'autres enfants, à qui il a annoncé la bonne nouvelle dans la bagarre contre cette satanée affection : « Eh, les amis ! Nous avons récolté 7,5 millions d'euros pour combattre cette lâche mucoviscidose. Je vous l'avais dit, je la combattrai toujours. » Là-bas, Greg fait à nouveau la démonstration que des faiblesses peuvent faire une force. Face à la maladie, Grégory a toujours ironisé. La défier plutôt que se plaindre ! Espérer plutôt qu'abdiquer. Grégory Lemarchal connaissait ses limites. Il les a sublimées, concert après concert, donnant ou rendant espoir à des milliers d'enfants eux aussi frappés par la muco. C'est sans doute pour cela qu'il est devenu un exemple de courage et de dignité. Des qualités que son papa, Pierre, cultive avec la même discrétion, la même distinction.
— Pierre Lemarchal, les artistes continuent à rendre hommage à votre Petit Prince à la voix d'or...
— Oui, c'est vrai. Vous savez, ça ne m'étonne pas trop, finalement. Grégory a toujours eu, depuis le début, de très, très bons contacts avec les autres artistes. Et, paradoxalement, il s'agit plus souvent d'artistes confirmés et expérimentés, comme Marc Lavoine et Patrick Bruel. Chaque soir au cours de leurs tournées, ils rendent hommage à mon fils. Juste avant d'interpréter « Casser la voix », Bruel n'hésite pas à dire au public que ce duo avec Grégory fut l'un de ses meilleurs moments de télévision, que face à mon fils, c'était un réel plaisir de chanter, qu'il était un vrai chanteur. Serge Lama, Liane Foly, Hélène Ségara, Lara Fabian ont dit la même chose. Grégory avait ce petit quelque chose qui fait que ces artistes avaient cerné son personnage et étaient tombés sous le charme, comme beaucoup d'autres, d'ailleurs. Tout à fait discrètement et humblement, il avait su créer une famille autour de lui. Des gens qui, aujourd'hui, sont dévastés par son décès. Christophe Willem Chimène Badi, Nolwenn Leroy ont également été très touchés. Emmanuel Moire aussi, qui veut vraiment faire quelque chose pour Grégory dans sa tournée... Je pense qu'il avait vraiment réveillé les esprits par son talent.
— Depuis presque deux mois, votre petit s'est envolé vers d'autres lieux, d'autres scènes. Comment vous sentez-vous ?
— Il me manque. Il nous manque. On est comme tous les parents qui ont perdu un enfant. C'est vraiment pénible. On ne va pas bien. On est anéantis. On est tristes. Mais au-delà de ça, on a tellement de choses à faire par rapport à ce qu'il a mené, lui, comme combat... C'est à nous de reprendre le flambeau. Ça nous booste. Heureusement, sinon, on s'effondrerait.
— C'est Greg qui continue à vous porter, à vous encourager à ne pas baisser les bras ?
— Il nous invite à poursuivre le combat avec le même acharnement et la même rage que lui. A lutter sans jamais baisser la garde. A se battre dans ce duel inégal. Pour cette raison, nous avons créé une association pour les autres enfants qui souffrent, juste après la disparition de mon fils. Je raconte souvent cette anecdote qui, à mes yeux, est importante : Grégory était assis sur son lit, les poings serrés. Il disait : « Je t'aurai... Putain de maladie, je t'aurai tôt ou tard ! » Il ne l'a pas eue de son vivant, mais il va quand même l'avoir après. Et ceci grâce aux dons et à tout ce qu'on va mettre en place.
— Vous savez que l'ombre de Grégory plane sur la France, mais aussi énormément sur la Belgique ?
— Les petits séjours que nous avons effectués chez vous resteront gravés à jamais dans nos mémoires. D'abord, nous avons toujours été bien reçus par les Belges. Ensuite, nous avons rencontré des gens extrêmement sympathiques, que ce soit dans la presse écrite, à la télé ou en radio. Là, j'ai une pensée toute particulière pour Mike. Avec lui, nous avons eu des fous rires incroyables. Chacun à notre tour, Grégory, Mike et moi balancions des blagues sans pouvoir nous arrêter. Nous en parlions souvent entre nous. De belles rencontres aussi avec Liane Foly pour « Make a Wish », au Cirque Royal, le face à face avec Miss Belgique dans vos bureaux. Sans oublier l'opération dans les écoles. Ça, c'est un très bon souvenir. La Belgique, Grégory l'adorait.
— Finalement, il est parti comme il chantait ces mots : « Ecris l'histoire... mais n'écris jamais la fin », en diffusant un message de courage.
__C'est la philosophie de Grégory, mais aussi de toute la famille Lemarchal ?
— C'est marrant de voir les paroles de ses chansons et ses réflexions prendre de l'importance aujourd'hui... Par ailleurs, on nous porte aux nues dans des milliers de courriers, mais d'autres familles subissent la même chose que nous dans l'ombre, ont des enfants qui souffrent de la mucoviscidose. Des enfants qui ne vont pas bien, mais qui ont aussi une force énorme. C'est vrai que Grégory, avec tout ce qu'il avait déjà fait et continuait à faire, arrivait encore à nous surprendre. Pourtant, on pensait bien le connaître. Sa tournée en solo fut impressionnante. J'étais avec lui. Je peux vous dire que dans les moments difficiles, Grégory ne s'est jamais, jamais, plaint. Et le public n'a rien perçu.
— Grégory a ouvert le c½ur de millions de personnes avec sa voix, son charisme et son courage...
— C'est un gamin qui ne laissait personne indifférent. Grégory, c'était mon fils, mon meilleur ami, mon rival sportif. (Petit sourire.) Tous ceux qui l'ont connu sont tombés sous le charme. Déjà tout petit, Grégory avait le don de faire partager sa joie de vivre. C'était un garçon au grand c½ur.
— D'où tenait-il cette rage de vivre ?
— Il a vécu dans le milieu du sport, même s'il ne pouvait pas le pratiquer énormément. Par le biais de mes activités, il en a fait quand même. Grégory était un vrai guerrier dans l'âme. Un battant qui m'impressionnait chaque jour.
— Et d'où venaient sa gaieté, son humour ?
— Nous sommes une famille de bons vivants. Grégory avait à la fois de la rigueur et de l'humour. Il adorait faire des blagues aux gens qui l'entouraient. D'ailleurs, il disait souvent : « Je suis un ange , mais aussi un petit démon ! » Il s'amusait beaucoup à faire des surprises ou des cadeaux à ceux qu'il aimait.
— Grégory et moi, nous étions très amis. On se téléphonait souvent. Je l'aimais du fond du c½ur. Il m'a envoyé un sms fin avril, qui disait : « Maxime, je pense fort à toi. En ce moment, ce n'est pas facile. Je suis hospitalisé depuis dix jours, mais je me bats. Tu sais, tu es mon Belge préféré. Je pense beaucoup à toi. J'espère que tout va bien de ton côté. Biz et à bientôt. » Et ceci quelques jours avant son décès. Incroyable ! Il me demandait si j'allais bien !
— Ça, c'est bien lui ! Toujours en train de faire attention aux autres. Oui, je savais qu'il t'avait envoyé un sms. J'étais à côté de lui à l'hôpital. Pour lui, l'amitié était quelque chose d'important. Quand il aimait, il aimait. Toi, il t'aimait vraiment. Sa fidélité te l'a prouvé. Il était tellement fidèle à ses amis qu'il leur accordait toute sa confiance. Bon, il lui est quand même arrivé que des gens trahissent cette confiance. Pour lui, c'était terrible. Cette trahison, il la vivait très, très mal.— Un jour, il m'avait confié : « Tu sais, j'ai quelque chose à réaliser sur cette terre. Il faut que je fasse quelque chose contre cette satanée maladie. »
__Il a plutôt réussi, non ?
— Oui, il a réussi. Maintenant, cette satanée maladie est mieux connue de tous. Ma femme, ma fille et moi, nous allons nous battre sans relâche avec l'association. Tu sais, cette réflexion, il l'avait déjà exprimée avant de commencer la Star Ac'. Il était persuadé d'être sur terre pour accomplir quelque chose. Il souffrait de cette maladie, il avait des problèmes pour suivre les cours, pour pratiquer le sport, mais il prononçait souvent cette phrase que tu cites. Aujourd'hui, lorsqu'on voit le courrier qui arrive à Chambéry, on peut se dire qu'il a atteint son but. Nous recevons plus de quatre cents lettres par jour. Plus de dix mille messages nous sont parvenus de France, d'Asie, du Mexique, d'Australie, d'Afrique du Sud, de Belgique, d'Allemagne, de Suisse... Ils encensent Grégory, et des mots comme « Il était un », « Pour moi, il est toujours présent », « Il est au-dessus de nous », « Il veille sur nous » reviennent souvent. On le compare à James Dean dans certaines lettres, pour sa fureur de vivre. C'est vraiment extrême, mais ça nous touche beaucoup. Ce qui est impressionnant, c'est aussi de recevoir des centaines de lettres de personnes qui n'appréciaient pas forcément l'artiste. On peut l'aimer ou ne pas l'aimer, c'est normal. Eh bien, ces gens-là ont découvert Grégory. L'émission de TF 1 a bien su faire ressortir sa personnalité et l'émotion qui émanait de lui.
— Le petit cimetière de Sonnaz, près de Chambéry, est devenu un véritable lieu de pèlerinage...
— Ça n'arrête pas. Tous les jours, il y a des gens devant sa tombe. Au début, ce n'était plus un cimetière, mais un champ de fleurs. Nous devions arranger tout ça. Pour le petit village de Sonnaz, c'était impressionnant, oui.
— Comment vivez-vous sans lui aujourd'hui ?
— Avec une devise bien ancrée dans ma tête et celle de toute la famille : « Que plus jamais la mucoviscidose ne nous arrache à ceux que nous aimons. » Nous allons financer des projets, créer des réseaux de kinés qui pourront suivre leurs patients, mais aussi améliorer la qualité de vie de ces enfants qui luttent courageusement au quotidien dans les hôpitaux.— Vous avez de nombreuses photos de Grégory chez vous, sur lesquelles il est toujours souriant.
Ce petit ne râlait donc jamais ? N'avait jamais de coups de cafard ?
— Sur la plupart des photos, son regard était dirigé vers le haut ou vers l'horizon. Ce regard est parlant. Cela dit, malgré son beau sourire, oui, il râlait comme tout le monde. C'était une bonne tête de lard. Grégory faisait souvent de bonnes remarques, de bonnes analyses, même s'il ne mettait pas toujours les formes pour les exprimer. Ce qui impressionnait aussi chez lui, ce sont les interviews qu'il donnait. Il ne connaissait rien de ce métier, et pourtant, dès les premiers jours, il répondait du tac au tac, posément, comme s'il avait fait ça toute sa vie. D'ailleurs, je me souviens très bien du premier contact avec toi. Il m'a dit : « Papa, j'ai eu un Belge au téléphone. C'est un fou furieux ! Un mec génial. » Mais des coups de cafard, il en avait aussi. Parfois, il était au bout du rouleau, mais il ne l'extériorisait pas.
— Grégory n'est pas parti rejoindre les étoiles pour rien. Avec lui, l'espoir renaît auprès de beaucoup d'enfants malades...
— Oui, l'émission de TF 1 a provoqué un élan de générosité qui a permis de récolter plus de
7,5 millions d'euros. Des dons qui pourront servir directement à combattre la maladie.
— Sans oublier que plus de 33.000 donneurs ont été enregistrés depuis le 30 avril, contre plus de 50.000 pour toute l'année dernière. Du jamais vu !
— Effectivement. Comme il est mort faute de greffe, ça a fait boule de neige. Autant de demandes de cartes, ce n'était jamais arrivé en France. Maintenant, il faut savoir qu'avoir la carte de donneur d'organes... ça ne sert à rien. On n'est pas obligé d'avoir la carte. De par la loi, on est tous des donneurs potentiels. Mais si votre famille ne veut pas donner vos organes une fois mort, les médecins ne peuvent rien faire. La seule liste officielle qui existe est celle des personnes qui ne veulent pas donner leurs organes. C'est un paradoxe un peu ennuyeux.
— Votre conseil, c'est donc d'en parler en famille ?
— Oui, le faire autour d'une table est essentiel. Le problème, c'est qu'il faut évoquer la mort. Ce n'est pas comme discuter de sport ou du dernier film... On doit parler sincèrement et franchement de ce qui peut arriver. A partir de là, on aborde les dons d'organes. Une fois que la famille est en symbiose par rapport à cela, elle peut prendre des décisions sereinement.
— Votre envie de créer l'association est avant tout un geste d'amour ? Ou bien une fuite devant la douleur ?
— Ce n'est pas une fuite devant la douleur, ni forcément un geste d'amour. C'est davantage un geste de colère. Là, nous allons mener une guerre. On va se donner à fond, comme Grégory l'a fait dans tous les domaines. Pour l'instant, nous sommes en train de mettre les choses en place. Je serai le président de l'association, qui a été fondée par la famille. On aura une antenne à Chambéry et une à Paris avec Olivier Ottin, le manager de Grégory, qui va travailler avec nous. Le but est de créer des points d'information dans toute la France.
— Vous recevez beaucoup de soutien de la part des artistes ?
— Oui, bien sûr. De beaucoup d'artistes. Certains sont prêts à devenir parrains de l'association. Marc Lavoine m'a promis d'en faire partie selon sa disponibilité. Je me rappelle que lorsqu'on demandait à Grégory d'être parrain, il refusait. Il disait : « Si vous voulez mon nom, pas de souci, inscrivez-moi comme membre d'honneur, mais pas comme parrain, car un vrai parrain doit être présent. » Et puis, à sa sortie de la Star Ac', il lui était impossible de le devenir. Il était trop pris par ses obligations. Gérard Lenorman ou François Cluzet, qui parrainent des associations contre la mucoviscidose, se mobilisent dès qu'ils le peuvent.
— Le dernier single de Grégory, « De temps en temps », cartonne. Et cette merveilleuse chanson pourrait sauver des vies...— Les bénéfices de ce CD iront directement à l'Association Grégory Lemarchal. Mais également la grande majorité de ceux engendrés par l'album. Nous avons donné notre autorisation à la maison de disques Universal, qui a eu cette idée.
— Cet album est attendu avec impatience par les fans !
— Merci. Il a certes été fait dans la rapidité déjà certains médias émettent des critiques, mais il est d'excellente qualité. Des gens comme Yvan Cassar, Bertrand Lamblot, directeur artistique d'Universal, Olivier Ottin, les auteurs, les arrangeurs, se sont donnés à 100 % sur l'album. Un élan extraordinaire. J'ai été blessé par la remarque suivante : « Nous allons avoir quatre nouveautés, mais aussi des reprises. » Des reprises, c'est monnaie courante chez les artistes aujourd'hui ! Pourquoi Grégory ne pourrait-il pas mettre sur son album des reprises chantées par... Grégory ?— Les paroles sont fortes : « Je me relève sous ton regard... Je fais le rêve d'aller plus loin. Je me bouscule et prends ta main. Du crépuscule jusqu'au matin. » Est-il vrai qu'il a écrit ces paroles en pensant à Karine, son amie ?
— C'est une véritable chanson d'amour, oui. Comme tous les auteurs, sa vie privée nourrissait son écriture. Je pense qu'il avait lu ce texte à Karine. Cela avait une signification pour eux, mais je ne parlerai pas en leur nom.
— Plus loin, on entend : « De temps en temps, je craque sous le poids du sort et des souffrances collées aux corps. » S'il avait des coups de cafard... il les cachait bien !
— Ceux qui ont bien connu Grégory savent qu'il avait une force de caractère incroyable. Se plaindre n'était pas dans sa façon de vivre.— « De temps en temps, je prends des coups dans le dos, des conneries... des jeux de mots. De temps en temps, je regrette l'innocence que l'on peut avoir dans notre enfance... »
— Vous savez, je n'ai jamais utilisé les journaux pour dire ce que j'en pensais ! Ce n'est pas mon genre. Mais ces paroles sont fortes pour moi, pour lui.
— « Je plie sous le poids de la souffrance. De temps en temps... je veux la paix. Je fais des rêves où tout va bien... »
— Grégory était un symbole de courage et de ténacité pour des milliers d'enfants. Il recevait des quantités de lettres. Des médecins aussi saluaient cet espoir et sa volonté.
Oui, Grégory voulait vaincre cette maladie
Pris sur le blog de :
Andréa